Conditions de vies précaires, discriminations et violences sous toutes ses formes. Ce sombre tableau caractérise le vécu quotidien de la congolaise. Malgré tout cela, affirme Marianne Boketsu Bimpe, la congolaise prouve à suffisance qu'elle est dotée des capacités d'oeuvrer pour l'évolution et l'épanouissement de son environnement immédiat.
«Maman maraîchère, maman bipupula, commerçante, femme rurale, etc. La congolaise ne manque pas d'initiatives pour assurer la survie de la famille dans un contexte de pauvreté qui frappe le pays.
Qu'en sera-t-il si on améliorait ses conditions de vies ? La congolaise est un agent de développement. Mais, elle le sera davantage si elle est mise dans de bonnes conditions et à la place qu'il faut», explique Marianne Boketsu en parlant de la situation de la femme congolaise.
Selon elle, un agent de développement, par définition, c'est celui qui participe à la mise en oeuvre d'une stratégie globale de développement et de dynamisation d'un territoire, ville, région, entreprise voire sa communauté...). Il a le souci d'intégrer les différentes dimensions économiques, sociales et écologiques dans ce développement en concertation avec les acteurs locaux.
L'Agent de développement, poursuit-elle, c'est aussi celui qui est à l'écoute des citoyens, des acteurs de terrain pour faire remonter leurs idées, leurs besoins jusqu'à la collectivité et qui monte des projets, conduit des processus de concertation et organise un partenariat actif.
Parlant de la femme en tant qu'agent de développement, Marianne Boketsu estime qu'il s'agit d'une personne qui a une vision de progrès et cherche à améliorer les conditions de vie de son entourage.
«Par sa nature, explique-t-elle, la femme est prédisposée à contribuer au progrès de la société, notamment par la procréation, le sens de partage et la recherche du bien-être de son entourage. Quand la femme possède un bien, elle désire le partager avec les autres, et elle veut voir ses enfants s'épanouir de même que son mari».
Aussi, ajoute-t-elle, cette vision de la femme ne se limite pas seulement dans le foyer. Citoyenne à part entière, dotée des compétences et des capacités intellectuelles, la femme a aussi une vision pour le développement du pays.
Voilà pourquoi il est impérieux d'oeuvrer à ce qu'elle reconnaisse ce dont elle est capable pour sortir des stéréotypes qui lui sont souvent collés, à savoir être faible, être vulnérable, etc.
Car, le pays a grandement besoin d'elle pour se développer. Voilà pourquoi Marianne Boketsu recommande aux femmes de passer des paroles et autres réclamations ou slogans aux actes concrets pour se confirmer.
Des actes éloquents
«La femme doit souvent s'interpeller devant certaines situations, et agir. Par exemple, si un homme peut démonter un moteur de véhicule et le remettre en place, moi aussi je peux le faire.
Cette façon de réfléchir ouvre la voie au développement du leadership de la femme. Et dans ces conditions, la femme sera entreprenante parce qu'elle aura banni toutes les considérations rétrogrades qui la place toujours au second degré. Ainsi, ses oeuvres seront-elles palpables.
L'idée soutenue ici est que la femme participe au même titre que l'homme au progrès de la société du pays. C'est cela même le principe de la parité», précise-t-elle. .
Pour étayer son idée Marianne Bokketsu, cite à titre illustratif les femmes qui se sont distinguées dans l'exercice de leurs fonctions au sein des entreprises publiques, notamment Mme l'ADG ai de la Sonas, Carole Agito, avec l'opération jeudi sinistre qui va bon train.
«La femme comme agent de développement, elle apporte des solutions dans la vie sociale. Elle fait bouger le système, et l'exemple de l'Adg ai de la Sonas est éloquent à ce sujet.
Des exemples sont légion, mais il faut retenir que la femme est trop émotive. Devant une situation, elle n'hésite pas à prendre des décisions pour trouver des solutions adéquates face à des situations qui se présentent. Pour elle, l'essentiel c'est que le problème soit résolu», affirme-t-elle pour souligner l'impact de la femme comme agent de développement.
Avant d'appeler la congolaise à ne pas attendre que tout lui soit donné, mais à être plutôt entreprenante et à militer pour accéder à des postes de décisions pour voir sa situation s'améliorer.
«La femme peut avoir des idées, des bonnes, mais si elle est étouffée, elle restera toujours dans sa situation. Si un jour la femme accède au pouvoir de direction et de décision, elle sera libérée et cela ira de paire avec l'amélioration de son statut social», précise-t-elle.
Marianne Boketsu inscrit dans cette lancée, la Journée internationale de la femme célébrée cette année sous le thème : «Autonomiser les femmes rurales. Eradiquer la faim et la pauvreté» et en RDC sous le thème retenu : «Investissons dans la femme rurale et la jeune fille pour un avenir meilleur». Mais elle pense qu'on ne peut pas seulement attendre le mois de mars pour penser ou parler de la femme.
«La femme doit être la préoccupation de tous les jours. Le mois de mars doit plutôt constituer un moment d'interpellation sur la situation de la femme et d'évaluation de ce qui a été fait ainsi que ce qui doit se faire pour améliorer ses conditions de vie», insiste-t-elle.
Et d'ajouter : le mois de mars doit donner lieu à des propositions d'actions concrètes à mener pour sortir la femme des conditions difficiles dans laquelle elle vit. Ces propositions doivent être précéder d'une analyse minutieuse de la situation pour desceller les problèmes réels et les difficultés qu'éprouvent les femmes et de définir des mesures d'encadrement pour la bonne marche des actions qui seront menées dans ce sens.
Marianne Boketsu note, par ailleurs, que toute action menée en faveur de la femme doit avoir comme socle son alphabétisation et son éducation, car dit-on, éduquer une femme c'est éduquer toute une nation.
«Par exemple, pour la maman maraîchère, il sera intéressant de l'aider à monter des projets bancables qui favoriseraient son développement ou épanouissement dans ce secteur. Il faut aussi encourager la fille d'aller à l'école.
Pour celle qui n'en a plus l'âge, il faut l'approcher pour lui apprendre des métiers qui la rendent utile dans la société ; c'est de cette façon qu'elle deviendra elle-même la principale actrice de son épanouissement », explique-t-elle.
Déçue par le nombre des femmes élues aux dernières législatives, Marianne Boketsu rejette la responsabilité à la femme, elle-même. Pour elle, si les femmes constituent à peine 10% de l'ensemble des députés élus, c'est parce que les femmes qui constituent la majorité de l'électorat n'ont pas voté pour leurs soeurs. Cela traduit selon elle, un manque de confiance entre femmes.
Néanmoins, elle exhorte les femmes qui n'ont pas été élues à ne pas baisser pas les bras, mais à exécuter même en dehors du Parlement leurs projets de société pour le développement de la société.
Comme elles étaient également plus proches de la population et qu'ensemble, elles avaient soulevé différents problèmes, elles peuvent les rassembler en termes de besoins, particulièrement ceux qui touchent aux femmes pour les soumettre aux femmes qui ont été élues afin qu'elles voient comment les résoudre au niveau du Parlement.
Par Raymonde Senga Kosi










