Rapport de la campagne de sensibilisation dans les communautés de base sur les violences faites aux femmes pour une réduction de leur vulnérabilité au VIH-SIDA.
Le Conseil Consultatif des Femmes du Togo (CCoFT) est une organisation de promotion des droits humains de la femme ; il a pour mission d’œuvrer pour accroître la visibilité de la femme par une meilleure représentativité aux postes de responsabilité. Mais force est de constater que bien des facteurs font obstacle à cette mission.
Certains actes, tels que les violences de toutes sortes exercées sur les femmes constituent des faits socio culturels qui entravent la pleine participation de la gente féminine aux processus de développement des communautés.
L’étude : « Les obstacles à l’implication des femmes dans la vie publique et politique » initié par le CCoFT, le démontre à souhait.
Mais les femmes, tout autant que les hommes n’ont pas toujours conscience des graves conséquences de ces violences sur la santé de la femme et l’impact négatif de ces actes répréhensibles et réprouvés sur l’évolution de leur société et son développement . Aussi le CCoFT s’est-il décidé à mener la guerre contre le phénomène particulier des violences à l’endroit des femmes.
Cette année, grâce à l’appui financier de ROFAF (Réseau des Organisations Féminines d’Afrique Francophones), le CCoFT a pris une part active dans la campagne des seize (16) jours d’activisme du 25 Novembre au 10 Décembre 2008 contre la violence à l’égard des femmes et est intervenu auprès des populations de DJAGBLE et de ses environs, localité à une vingtaine kilomètres au sud-est de la ville de Lomé pour éveiller leur attention sur ces pratiques dommageables pour la femme en même temps que pour la société.
Le CCoFT a centré ses interventions sur les pratiques du lévirat, du sororat, sur les aspects avilissants et dégradants des rites de veuvage, et sur les cas d’incestes, agissements qui, prirent dans leur ensemble, contribuent de surcroît à répandre la pandémie du VIH/SIDA.
Les groupes cibles et bénéficiaires de cette activité sont les différentes catégories de personnes composant la population de DJAGBLE :

1- Les femmes : groupes folkloriques, membres des groupements féminins ;
2- Les hommes : Chefs de quartiers, Chefs de famille, Membres de CVD ;
3- Les Jeunes : Ecoliers, Elèves du CEG de la localité, Apprentis (es) et jeunes de la localité.
Une cohorte de personnes estimée à 1000 dont 70% de femmes a participé à la première séance de causerie-débat animée le samedi 06 décembre 2008, le Samedi suivant, le 13 décembre 2008, une autre séance a été organisée essentiellement à l’intention des jeunes. Près de 900 écoliers, collégiens et apprentis des deux sexes étaient présents ; on comptait dans l’assistance une centaine d’adultes (femmes et hommes).
Il convient de signaler que cette deuxième sortie prévue pour le 10 décembre 2008, pour convenance de la population, a été effectuée le samedi 13 décembre 2008.
1- La méthodologie d’intervention utilisée :
L’approche participative a été essentiellement utilisée
Cette méthode interactive a permis à la population d’intervenir pour mettre en exergue certaines formes de violences courantes propres à leur localité et de partager des expériences et témoignages avec les intervenantes.
2- Le contenu :
Au cours des deux séances de causeries qui ont constitué les activités principales de la campagne, différents messages ont été délivrés :
1- Le contexte de l’événement a été éclairci, ainsi que la raison du choix de DJAGBLE pour exécuter le projet
2- En rapport avec l’essentiel du message, divers types / formes de violences ont été relevés.
Il a été débattu entre autres sur :
Ø Les violences conjugales :
Abandon du domicile conjugal par le mari, refus d’aliment à la femme, et autres formes de privations, grossesses rapprochées et répudiations ;
Ø Les violences physiques :
Bastonnade, les punitions et brimades des parents envers les enfants et autres violences domestiques ;
Ø Les violences verbales :
Injures, dénigrements ;
Ø Les violences sexuelles :
viols, harcèlements sexuels, incestes ;
Ø Les violences psychologiques :
Discriminations entre les sexes, mariages forcés, mariages précoces, lévirat, polygamie, rites humiliants et dégradants du veuvage, accusation de sorcellerie, discrimination envers les filles ;
Ø Les violences économiques :
Entraves à l’exercice d’une activité économique, refus à la femme de mener des activités lucratives, manque de soutien à la femme qui travaille, non approvisionnement en outils modernes et plus fonctionnels, il a été aussi débattu sur la pauvreté qui se généralise ;
Les participants ont par ailleurs, relevé certaines violences qui sont faites aux femmes par les femmes elles mêmes surtout dans les foyers et les associations de femmes telles que :
Les querelles entre coépouses, les querelles aux marchés, aux puits, entre membres des associations, le manque de respect réciproque entre les femmes, les diffamations, les mensonges, et les injures.
3- Les causes :
Suite aux débats plusieurs causes ont été relevées :
- Les causes culturelles : Us et coutumes, les stéréotypes culturels ;
- Les causes économiques : pauvreté, méconnaissance des règles de gestion ;
- les causes sociales : le manque de respect de la femme à son mari et vice versa, l’interférence des familles dans les affaires du ménage, les mariages précoces entres partenaires trop jeunes et peu préparés à la vie en ménage ont été retenus par un grand nombre de l’assistance comme une des causes essentielles de la paupérisation grandissante dans le village ;
- Les causes psychologiques : la femme est considérée comme sexe faible, méprisée, marginalisée et brutalisée.
4- Les conséquences :
Au cours des discussions, l’accent à été mis sur les conséquences néfastes de ces comportements et agissements :
- Les conséquences sociologiques : traumatismes physiques et psychologiques, altération ou destruction de la personnalité de la victime, peur permanente ;
· Sur le plan social : la violence prépare un monde de violence
· Sur le plan familial : Eclatement de la cellule familiale, perte d’autorité devant les enfants, délinquance juvénile, la femme ne participe pas à la prise de décision ;
· Les conséquences économiques : la violence a un coût économique qui entraine la pauvreté et le mal être social ;
- Le coût des coups : réparation des traumatismes, visites médicales, soins de santé, achats de produits pharmaceutiques
- L’Organisation des obsèques, la prise en charge des orphelins en cas de décès demandent des financements qui auraient pu être consacrés au développement de la communauté
· Sur le plan de la formation et de l’emploi : l’abandon de l’école (études) pour cause de harcèlement sexuel entraine un taux élevé de déscolarisation de la jeune fille et l’inaptitude de beaucoup de femmes à mener des activités génératives de revenues en mesure de les faire vivre décemment.
· Sur le plan de la santé : les violences faites aux femmes sont sources de bien des troubles affectant les femmes au niveau de leur santé en général et au niveau de la santé de la reproduction. Il est aussi reconnu que certaines de ces violences contribuent à la propagation importante des IST et du VIH/SIDA dans nos populations.
Le développement du thème choisi a débouché sur l’importance de la scolarisation des jeunes et en particulier sur celle de la jeune fille afin que cette dernière puisse connaître ses droits et devoirs et soit capable de se construire une vie digne. Bien plus garçons et filles instruits seront plus à même de comprendre les enjeux du respect de l’approche genre pour nos communautés et pourront le pratiquer pour le bien-être des différentes catégories de notre société
5- Les recommandations
Les participants ont émis le vœu de voir de pareilles rencontres se répéter pour leur permettre de recevoir les informations nécessaires au changement et qui puissent leur permettre de contribuer efficacement au développement de leur localité.
La scolarisation de la jeune fille a suscité beaucoup d’intérêt et les participants ont demandé que des rencontres de ce genre se répètent pour sensibiliser la population (parents, jeunes) sur la question
Conclusion
Les participants ont reconnu unanimement que les hommes et les femmes sont tous responsables de ces violences et ont admis la nécessité de faire cesser ces pratiques.
Ils ont perçu l’influence négative de ce phénomène sur le développement social.
En effet l’éclatement des familles, les suites de violences faites aux femmes, la perte de l’emploi, les retards ou abandons scolaires des filles n’aident pas les femmes à émerger et à jouer pleinement leur rôle dans la cité. Aussi la pauvreté se généralise et devient endémique.
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