Nous Avons Besoin Qu'il Y Ait Davantage De Femmes Politiques – Michèle Alliot-Marie

Dimanche, 30 Mars 2014 21:48
Imprimer

« Ce qu'un homme fait, une femme doit pouvoir le faire. Cette leçon je l'ai reçue quand j'avais 10 ans de la part de ma mère qui, avec mon père et aux côtés de mon père, avait été dans la résistance contre le nazisme en France pendant la deuxième guerre mondiale », a déclaré Michèle Alliot-Marie à la conférence internationale pour les femmes qui s’est tenue à Paris le 1er mars en solidarité avec les femmes de la résistance iranienne.

Elle se tenait avec plus d’une trentaine de délégations des 5 continents aux côtés de Maryam Radjavi, la dirigeante de l’opposition iranienne, toutes venues pour exprimer leur solidarité avec les résistants iraniens en grand danger  au camp Liberty en Irak, dont un millier de femmes. 

« Et c'est ainsi que j'ai été élevée par mes parents qui considéraient qu'un garçon ou une fille devait être apte à remplir les mêmes activités et les mêmes postes. 

C’est de là qu'est née ma conviction. Ce n'est pas une conviction féministe. Je ne considère pas que l'on doive revendiquer simplement parce qu'on est une femme, certains postes. J'estime que c'est la compétence qui compte. Et que dès lors qu'une femme avait même plus de compétences qu'un homme, il est logique que ce soit elle qui occupe les fonctions, alors que je n’admettrai pas que l'on nomme une femme simplement parce qu'elle est une femme, même s'il y a un homme plus compétent qu’elle. Je crois que la compétence est essentielle de la même façon qu’est essentielle la spécificité, complémentarité que les femmes peuvent apporter notamment dans les fonctions politiques. Parce qu'elles ont ce sens de la proximité, parce que élever les enfants, les mettre au monde, assurer la responsabilité de la famille, cela donne un sens des réalités que nos collègues masculins n'ont pas toujours. Eux qui souvent sont préoccupés de leur carrière plus que de répondre aux problèmes quotidiens. Cela ne veut pas dire que quand on est une femme, il n'y a pas d'obstacle ou de préjugés à franchir.

C'est vrai j'ai été élue députée pour la première fois dans mon département. J'ai été la première à être le maire de ma ville et mon concurrent avait dit : « vous ne vous rendez pas compte ! Avoir une femme pour diriger la ville, ça ne s'est jamais fait dans l'histoire. C'est impossible. » Je l’ai balayé. 

Et puis également j'ai été la première femme vice-présidente du conseil départemental dans mon département. C'est vrai qu'ensuite j'étais la première élue comme présidente d'un grand parti politique en France, le parti gaulliste qui s'appelait le Rassemblement pour la république. Et puis ensuite, j'ai effectivement occupé certaines fonctions de ministre de la Défense, ministre de l'Intérieur, ministre de la Justice, ministre des Affaires étrangères. 

Et je vais vous dire une chose à vous toutes qui je l'espère, allez-vous lancer activement dans la vie politique. Le plus difficile ce n'est pas d'être une femme pour diriger ses ministères, c'est d'être la première. Parce qu'en étant la première, on vous regarde davantage. Bien entendu ce qu'ils veulent critiquer, n'admettent pas qu'une femme occupe ses fonctions, mais il y a également les autres femmes qui ont peur aussi que l'on commette une faute, une erreur qui serait utilisée pour dire : vous voyez bien qu’une femme ne peut pas occuper de telles fonctions. 

Et je vais vous dire une chose, c'est que ma plus belle victoire ce n'est pas l'avoir occupé ces superbes ministères où j'ai été très heureuse, ma plus belle victoire c'est que ce soit devenu quelque chose de banal, quelque chose de naturel. Quand j'ai été nommé ministre de la Défense, c'est vrai que les militaires m'ont regardée, et pas simplement les militaires, mais également un certain nombre de chefs d'État et de gouvernement dans les pays étrangers, en disant : comment une femme à la tête des armées ? A quoi a pensé le président Chirac ? Et puis ça ne s'est pas trop mal passé, j'y suis resté cinq ans. Et ensuite quand j'ai été nommée ministre de l'Intérieur, c'était aussi la première fois qu'en France qu’il y avait une femme ministre de l'Intérieur, et ça a paru tout naturel aux policiers et aux gendarmes, et ça a paru naturel aux juges, et ça a paru tout naturel aux ambassadeurs, quand j’ai été nommée ministre des Affaires étrangères. Alors oui, je pense sincèrement que ma victoire, plus que d'occuper ces postes, c'était que l'on ne s'en étonne plus, ce qui voulait dire que désormais toute femme pouvaient occuper ces fonctions et qu'il y avait plus ce recul.

La deuxième chose qui m'a fait vraiment plaisir, c'est d'avoir pu faire bouger les mentalités non seulement en France mais aussi à l'extérieur. Vous savez la première fois que je suis allée dans les pays du Golfe, en Arabie Saoudite, ça a été mon premier voyage, au Koweït, aux Émirats arabes unis, au Qatar, en Oman, c'est vrai qu'on m'a regardée, et les chefs d'État qui m’ont tous reçue, m’ont regardée avec un regard plutôt curieux. Et quand j'y suis retournée quelque mois plus tard, un certain nombre d'entre eux m'ont dit : ah ça nous a donné l'idée de mettre une femme au gouvernement. J'y retourne depuis assez régulièrement et je vois de plus en plus de femmes et finalement, c'est ça qui me fait le plus plaisir.

Et puis ma troisième victoire, ça sera qu'il y ait de plus en plus de femmes qui revendiquent un rôle en politique. Parce que ça c'est une chose qui m'a beaucoup frappée, notamment quand je dirigeais le parti gaulliste, c'est qu'il faut aller chercher les femmes pour qu'elles acceptent de se lancer dans la politique. Elles trouvent tout à fait normal de s'occuper de leurs familles, voire d'avoir une activité professionnelle ou de diriger une association, mais la politique ça leur paraît quelque chose d'extérieur. Alors que la politique c'est ce qui fait, ce qui conditionne notre vie de tous les jours.

Nous le voyons bien, vous l'avez dit chère Maryam, c'est vrai qu'en fonction de ceux qui font la politique d'un pays, il y a plus ou moins de liberté, il y a plus ou moins d'égalité, il y a plus ou moins de justice, il y a plus ou moins de tolérance, il y a plus ou moins de volonté d'apaiser une situation, de recherche de la paix ou au contraire de recherche des conflits. 

Eh bien moi je vous dis à vous toutes : oui, vous devez faire de la politique. Je le dit en particulier aux plus jeunes : faire de la politique c’est faire la vie, pas simplement la sienne, mais celle de ses enfants, celle de ceux qui sont autour de nous. Nous avons besoin qu'il y ait davantage de femmes politiques, et il y en a qui sont ici pour vous dire que oui c'est possible. Il faut les unes et les autres que vous ayez confiance en vous, que vous vous disiez que ce que vous ressentez au fond de vous, vous avez le droit, vous avez le devoir de l’exprimer, et de le mettre en œuvre. La démocratie ne peut pas être réelle, quel que soit le pays sans qu'il y ait des femmes qui partagent la direction politique du pays. Un pays ne peut être grand sans que des femmes partagent le pouvoir et les mêmes droits que les hommes. 

Je sais que la majeure partie d'entre vous vient d'un grand, d'un beau, d'un vieux pays, l'Iran qui est le pays d’une vieille et grande civilisation et qui ne peut se contenter de rester dans un système réactionnaire où on se passe la moitié de la population, des compétences de la moitié de la population, où l’on essaie d'empêcher les femmes de s'exprimer, où on les poursuit.

Alors oui, aujourd'hui je suis juste venue vous dire un message, que représente bien Maryam Radjavi. Je suis venu vous dire le message de ma mère : « quand on veut, on peut » si vous voulez vous pouvez. 

Oui quand on veut, on peut refuser de laisser aux seuls hommes et encore plus quand ils se réclament d'un intégrisme réactionnaire, les décisions qui vont déterminer la vie de chacun et la vie de nos enfants. Quand on veut, on peut. Les femmes le savent bien, qui subissent parfois le régime, et qui participent dans tant d'aspects de la vie. Si une femme meurt pour ses idées, si des femmes sont mortes à Achraf, si elles ont le droit de mourir par les armes ou en étant pendues pour leurs idées, cela veut dire qu'elles ont le droit de pouvoir exprimer leurs idées dans les tribunes politiques. C'est ce que représente notre combat, c'est ça qui doit représenter votre combat. Quand on meurt pour ses idées, on doit avoir le droit de défendre ses idées partout et toujours à la tête de son pays.

Il faut et c’est ça aussi que je suis venu vous dire, il faut convaincre les plus jeunes, que si elles veulent, elles vont pouvoir faire de la politique, elles vont pouvoir le faire. Oui il ne s'agit pas de nier les difficultés et ça m’est très facile à moi qui suis ici en France de vous le dire aujourd'hui, alors que je sais que c'est si difficile dans des pays comme l'Iran, alors que je sais qu'il y a des femmes qui risquent leur vie ou leur liberté pour dire la même chose que celle que je dis aujourd'hui. 

Alors ce que je veux simplement dire ce soir : oui nous pouvons, si nous sommes toutes ensemble, mais je le dis avec beaucoup d'humilité, parce que je pense aux femmes Achraf et de Liberty. »