Algérie: Mme Palladino Maria Paola - «Les femmes parlent peu de torture et de viol»

Mercredi, 04 Juillet 2012 14:55
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Dans vos travaux de recherches vous avez rencontré des témoins qui vous ont marquée et dont vous avez trouvé difficile justement de révéler les témoignages

Oui j'ai trouvé même des difficultés dans les témoignages écrits, bien avant ma recherche. Il y a toujours un petit quelque chose qui cache ou qui transforme le mot torture, qui n'est presque cité par personne, tout autant que le viol. On utilise toujours des métaphores ou bien d'autres mots pour dire ce qu'on a vécu, et ça on le retrouve dans plusieurs témoignages. Mais maintenant le cas de Louisa est choquant parce qu'elle a parlé tout simplement et naturellement de ce qu'elle a vécu, et ça c'est une nouveauté après 50 ans.

Vous avez parlé de blocages chez ces témoins. Qu'y a-t-il lieu de faire pour convaincre les femmes à faire part de leurs expériences ?

ça c'est un travail psychologique très difficile qu'il faudrait faire. Mais je crois qu'on commence à parler de ça, en Algérie. Je connais plusieurs associations de femmes, mais pas seulement, qui travaillent sur ça, peut être ce n'est pas suffisant...

Vous avez parlé du rôle de la femme rurale pendant la guerre de libération ?

Oui j'ai évoqué le rôle des femmes rurales qui ont été peut être loin des feux de la rampe par rapport aux citadines qui ont été, déjà à l'époque, très médiatisées par la presse française. Il ne faut pas les oublier car leur soutien a été très important. Elles ont soutenu la lutte du peuple algérien, même de façon très simple, en cuisinant pour les militaires ou en les soignants. Elles ont donc eu même le rôle d'infirmières. En plus ça a été pour elles une façon de s'intégrer dans la société...

Que pourriez-vous nous dire sur l'écriture de l'histoire en Algérie ?

Je crois que ces dernières années il y a eu un déblocage de l'écriture de cette histoire. La preuve, il y a eu beaucoup d'ouvrages écrits par les Algériens, beaucoup plus par les Algériens francophones et je pense que cela représente un petit peu un défaut. Il faut parler aussi de la guerre en arabe, c'est important d'utiliser cette langue pour pouvoir toucher tout le monde et avoir une meilleure connaissance de cette histoire. Il ne faut pas oublier qu'il y a eu une période d'arabisation, donc il y a des gens qui ne maîtrisent pas trop bien le Français. Donc on ne doit pas parler qu'aux francophones mais aussi à tous les autres lecteurs.

Par Badiâa Amarni